Steve Reich va recevoir le Grand prix artistique à l'Institut de France pour l'ensemble de son oeuvre
Steve Reich va recevoir le Grand prix artistique à l'Institut de France pour l'ensemble de son oeuvre © Wonge Bergmann
Actualités

Steve Reich : l’Institut de France honore le compositeur américain

par Julien Bordas | le 4 juin 2019

La section de composition musicale de l’Académie des beaux-arts a décidé de récompenser l’ensemble de l’oeuvre du compositeur américain Steve Reich. Le prix le plus important de l’année dans cette catégorie. Il sera remis mercredi 5 juin lors de la Séance solennelle de remise des Grands Prix des Fondations de l’Institut de France.

 

Compositeur emblématique du courant minimaliste, Steve Reich, 82 ans, est le récipiendaire du Grand prix artistique de la Fondation Simone et Cino del Duca d’une valeur de 100 000 €. Même si son catalogue ne comporte qu’une cinquantaine d’oeuvres, il n’en reste pas moins fortement primé et enregistré, comme le prouve à nouveau cette reconnaissance. Aujourd’hui, ces oeuvres sont jouées près de 300 fois par an à travers le monde et d’après The Guardian, Steve Reich est « l’un des seuls compositeurs vivants qui peut légitimement prétendre avoir infléchi le cours de l’histoire de la musique ».

 

Steve Reich et le Phasing

Inventeur du procédé du Phasing, en français « déphasage » (découverte par hasard lors de la désynchronisation de deux magnétophones !), Reich met en oeuvre une technique introduisant un décalage temporel progressif de deux motifs musicaux similaires. Lesquels se rejoignent dans un unisson final.

Durant ses jeunes années il étudie le piano et les percussions à la Juilliard School of Music de New York ainsi que la composition auprès du pianiste de jazz Hall Overton puis croise la route de Philip Glass. Il étudie ensuite auprès de Darius Milhaud et Luciano Berio dont les cours de ce dernier le dissuadent de s’engager sur la voie sérielle. La tonalité n’est plus très loin ! Le jazz modal de Coltrane aura aussi une forte influence sur son oeuvre.

En 1964, la création de In C, pièce fondatrice du courant minimaliste signée Riley, marque un tournant dans la carrière de Reich qui participe activement à cette pièce en y intégrant une pulsation fixe. Ses créations avec bandes magnétiques It’s Gonna Rain (1965) et Come Out (1966) constitueront une première reconnaissance de son travail sur le déphasage graduel.

A cette époque, il fonde le Steve Reich and Musicians (ou Steve Reich Ensemble) pour interpréter Drumming (1971) influencée par son séjour en Afrique, une oeuvre internationalement reconnue.

Music for 18 Musicians de Steve Reich

Music for 18 Musicians de Steve Reich

Music for 18 Musicians, un tournant dans l’oeuvre de Reich

C’est le titre Music for 18 Musicians (1974-1976, d’une durée d’environ 55 min) qui fera prendre son envol à sa carrière, symbole de son travail sur le timbre, l’harmonie et le rythme. « Il y a plus de mouvement harmonique dans les cinq premières minutes de Music for 18 Musicians que dans toutes mes autres œuvres achevées jusqu’à ce jour » affirme-t-il en 1976. Il use aussi d’instruments acoustiques en nombre. En 1999, le réenregistrement de Music for 18 Musicians est couronné d’un Grammy Award. Cette oeuvre constitue par ailleurs la musique du ballet Rain de la célèbre chorégraphe Anne Teresa De Keersmaeker qui reste liée à l’oeuvre de Reich, appliquant à la danse le même procédé de déphasage/phasage.

Dans la même veine suivront  Eight Lines (1983), The Desert Music (1984) ou Different Trains (1988), une pièce où les trains de son enfance et ceux de l’holocauste entrent en résonance. Des enregistrements de textes sur bande magnétique prennent part au processus de composition.

Une portée politique

A partir des années 1980 la musique de Reich prend une dimension intellectuelle, portée notamment par une vision philosophique (il ne faut pas oublier que le musicien obtient une licence de philosophie en 1957), ou religieuse (le compositeur s’intéresse de très près au judaïsme et à l’hébreu). L’étude de la cantillation l’amène à composer Octet (1979) puis Tehillim (1981).

Aux côtés de son épouse Beryl Korot il inclut la vidéo et les nouvelles technologies dans ses oeuvres. Les opéras The Cave (1993) et Three Tales (2002) sont des oeuvres marquantes. Cette dernière soulève des questions politiques et sociétales avec l’évocation du crash du Zeppelin Hindenburg, des essais nucléaires américains dans le Pacifique et de la brebis clonée Dolly.

Institut de France

Institut de France © DR

Retour aux sources avec Pérotin  

La musique française a beaucoup infusé l’oeuvre de Steve Reich. Outre son intérêt pour le travail de Pierre Schaeffer ou Pierre Henry, les compositeurs Debussy, Satie, Ravel, mais aussi la musique médiévale avec Pérotin de l’École de Notre-Dame, influencent le travail de Steve Reich. « J’ai cherché dans les œuvres de Pérotin des directions et des inspirations » avoue-t-il au sujet de Proverb où il utilise canon et organum.

Comme un retour aux origines de la polyphonie, un hommage à la cathédrale Notre-Dame sera rendu sous la coupole de l’Institut de France mercredi avec un intermède musical de la Maîtrise de Notre-Dame de Paris, dirigé par Henri Chalet. La musique ne serait qu’une histoire de répétition ?

 




A propos de l'auteur

Ses derniers articles

Vos commentaires

[wpdevart_facebook_comment curent_url="http://www.classicagenda.fr/steve-reich-linstitut-de-france/" order_type="social" title_text="" title_text_color="#000000" title_text_font_size="22" title_text_font_famely="monospace" title_text_position="left" width="100%" bg_color="#ffffff" animation_effect="random" count_of_comments="5" ]

A voir aussi