The lighthouse © Jean-Didier Tiberghien
The lighthouse © Jean-Didier Tiberghien
Chronique

« The Lighthouse » : Cris, Stupeurs et Fantômes aux Hébrides

par Marc Portehaut | le 10 mai 2017

L’opéra « The Lighthouse » (Le Phare), du compositeur britannique Peter Maxwell Davies, vient d’être donné à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet à Paris. Une histoire de disparition inexpliquée, située au début du XXème siècle, à laquelle nous convie le compositeur, décédé en 2016.

 

Auteur du livret de ce court opéra de chambre en un acte (1980) d’une durée d’à peine plus d’une heure, Peter Maxwell Davies s’est emparé d’un fait divers survenu en décembre 1900. Comme il l’évoque lui-même : « En décembre 1900, le navire ravitailleur Hesperus, basé à Stromnness, dans les Orcades, fit sa tournée de routine au phare des îles Flannan, dans l’archipel des Hébrides. Le phare était inoccupé. Les trois lits et la table semblaient avoir été abandonnés à la hâte, et la lampe, quoique éteinte, était en parfait état de marche. Les hommes s’étaient volatilisés dans les airs. Il y eut de nombreuses spéculations sur le comment et le pourquoi de la disparition des trois gardiens ».

L’ouvrage nous met d’abord en présence de trois enquêteurs rapportant leurs constatations à une commission d’enquête chargée de faire la lumière sur cette affaire insolite. Au terme de ce prologue , nous sommes plongés dans la vie solitaire, chaotique et angoissée des trois gardiens du phare, telle qu’elle est proposée — imaginée — par Peter Maxwell Davies.

Vie quasi carcérale, dans laquelle les gardiens vont s’entredéchirer autour d’une partie de tarot, submergés par les souvenirs parfois criminels qui les hantent.

The lighthouse © Jean-Didier Tiberghien

The lighthouse © Jean-Didier Tiberghien

Hallucinés, ces trois hommes — dans un délire qui prend à certains moments une connotation religieuse fanatisée — vont percevoir des formes d’êtres (?) venus d’outre-tombe les narguer et les attirer dans la mort, une espèce de bousculade mortelle, voire de suicide collectif, l’un ou/et l’autre étant ici clairement suggérés.

Mais que s’est-il réellement passé ? Nous ne le saurons pas. Le mystère qui fait aussi le charme de cette œuvre demeurera entier. The Lighthouse se conclut par le retour des trois enquêteurs, interprétés par les mêmes acteurs/chanteurs, un ténor, un baryton et une basse. Ils — n’ont pas, n’auront jamais — d’explication à cette disparition. à jamais inexpliquée.

On est séduit par ce somptueux huis-clos étouffant, porté par une musique en fusion, dans laquelle domine le chant du ténor, musique qui ne renonce pas aux emprunts de la musique traditionnelle celtique, et au chant liturgique In fine, en forme de conclusion à ce drame, il nous est rappelée que depuis 1971 les îles Flannon, petit groupe d’île de l’archipel des Hébrides, sont inhabitées depuis l’automatisation du phare.

On est séduit par ce somptueux huis-clos étouffant, porté par une musique en fusion, dans laquelle domine le chant du ténor, musique qui ne renonce pas aux emprunts de la musique traditionnelle celtique, et au chant liturgique. Musique qui culmine dans un choral d’une beauté saisissante et qui va soudainement jeter comme une lumière mystique sur cet univers de cris et de ténèbres.

Les 3 rôles d’acteurs/chanteurs sont respectivement incarnés par Christophe Crapez, ténor, Paul-Alexandre Dubois, baryton, et Nathanaël Kahn, basse. Les deux premiers — complices de longue date de la grande époque de la Péniche Opéra —  sont, comme leur partenaire, rompus aux exigences du théâtre musical et tiennent solidement leurs deux rôles successifs d’enquêteur et de gardien de phare.

The lighthouse © Jean-Didier Tiberghien

The lighthouse © Jean-Didier Tiberghien

L’Ensemble Ars Nova soutient superbement ce drame sous la direction énergique et précise de Philippe Nahon. On doit souligner la qualité de la mise en scène d’Alain Patiès (codirecteur artistique avec Christophe Crapez de la Compagnie La Grande Fugue, elle-même coprodutrice du spectacle avec l’Ensemble Ars Nova).

Il convient d’y associer les scénographes, la costumière, et le responsable des lumières, ces dernières essentielles pour donner vie à ce récit de phare écossais et tourmenté. Il ne sera pas oublié la réalisation des décors dans le cadre d’une résidence de La Grande Fugue au Lycée Jacques Brel de Choisy-le-Roi.

Enfin, on ne peut que se réjouir de voir ainsi se poursuivre à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet (coréalisateur de la production) les découvertes et les redécouvertes d’ouvrages lyriques de notretemps.

 


Du 21 au 28 avril 2017. Athénée Théâtre Louis-Jouvet à Paris.

The Lighthouse

Opéra et livret : Peter Maxwell Davies
Mise en scène : Alain Patiès
Direction musicale : Philippe Nahon
avec Ars Nova ensemble instrumental

Avec Christophe Crapez, Paul-Alexandre Dubois, Nathanaël Kahn

Scénographie : Laure Satgé, Valentine de Garidel
Costumes : Gabrielle Tromelin
Lumières : Jean-Didier Tiberghien
Chef de chant : Jean-Yves Aizic




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