Toumanian Mek © Kira Vygrivach
Toumanian Mek © Kira Vygrivach
Sorties autorisées

Toumanian Mek : émotions arméniennes revisitées

par Flore Védry-Roussev | le 26 août 2020

Composé de David Haroutunian, Clara Jaszczyszyn (violon), Etienne Tavitian (alto), Jennifer Hardy (violoncelle), l’ensemble Toumanian Mek consacre un très bel album à la musique arménienne, avec un répertoire pour quatuor à cordes et des arrangements, interprétant avec verve une musique joyeuse, charmeuse, méditative, déchirante, profondément humaine.

 

Toumanian Mek fait référence à l’un des plus grands écrivains arméniens, Hovhannès Toumanian. David Haroutunian – violoniste et fondateur de ce groupe – est né à cette adresse : au numéro 1 (mek en arménien) de la rue Toumanian, à Erevan – d’où le nom du groupe. L’ensemble, composé d’excellents chambristes, est fondé en 2016 et s’est consacré jusqu’à présent à la musique arménienne. Cet album, chez NoMadMusic, propose ici une singulière rétrospective de cette musique en intégrant des œuvres issues des cultures populaire et classique. Un disque très riche, de près d’une heure et demi, qui visite une quantité d’émotions, et témoigne de l’amour pour ce répertoire trop peu connu en France, pourtant si proche et dont le quatuor à cordes polit les aspérités et met en valeur les inflexions lyriques et les rythmes pétillants.

Toumanian Mek

Toumanian Mek

L’album s’ouvre sur les miniatures de Komitas. Compositeur, ethnomusicologue et prêtre, Komitas est le fondateur de l’Ecole nationale de composition arménienne. Il s’inspire de ses propres recherches ethnomusicales pour ses créations dont ces merveilleuses miniatures. Celles-ci, choisies par l’ensemble Toumanian Mek ont un charme champêtre, une fraîcheur ravissante et une sentimentalité profonde, sans jamais rien de vulgaire. Même les complaintes se font élévation. Il faut dire que l’interprétation des quatre musiciens est remarquable. Là où le violoniste David Haroutunian aurait pu forcer la glissade, violenter le vibrato, il choisit au contraire un jeu d’une grande pureté stylistique et technique, des démanchés changements d’archets invisibles, un son développé dans la corde, un vibrato contrôlé qui s’intensifie avec la tenue de la note… cette élégance de jeu donne à ces plaintes une grande noblesse. Le quatuor, par ailleurs, se montre très équilibré et harmonieux, soutenu par une prise de son précise et bien charnue, qui met en valeur le timbre chaud des instruments.

 

Dan Gharibian © DR

Dan Gharibian, l’inégalable voix de Bratsch en invité

Ensuite on découvre 3 pièces dont un chant, du barde du XVIIe siècle Sayat-Nova, qui est une figure emblématique de la musique de cette région du Caucase. Ce chant est l’occasion d’entendre, en invité sur cet album, le génial chanteur-compositeur Dan Gharibian, voix de Bratsch, au timbre reconnaissable entre mille. Gharibian c’est l’éternel masculin. Cette voix d’homme profonde et directe, au grain légèrement rocailleux avec un extraordinaire sens du phrasé, qui semble avoir tout connu de la vie. Sa musicalité touche au-delà des mots.

On le retrouve dans une autre chanson traditionnelle du Gusan Sheram, compositeur et poète du début du XXe siècle et fondateur de la musique populaire arménienne moderne, arrangée par Jacques Gandard.

On sent que Gharibian inspire l’ensemble Toumanian Mek, tant les musiciens s’enflamment, ne se contentant pas de l’accompagner, mais apportent un contre-chant plein de lyrisme.

On rencontre également sur cet album deux pièces de Ruben Altunyan. Puis il se clôture sur d’excellents arrangements d’extraits de ballets de Spartacus et de Gayaneh d’Aram Khatchaturian et, dernier morceau de ce disque, la fameuse et irrésistible Valse tirée de sa Mascarade de 1941. Pour ceux qui ont encore la télévision, elle est utilisée (dans sa version symphonique) par la publicité du dernier parfum de Jean-Paul Gaultier ! L’arrangement de Yasha Papyan pour quatuor à cordes est fort réussi, et interprété avec beaucoup de verve par l’ensemble Toumanian Mek.

Une merveilleuse introduction aux grands noms de la musique arménienne.

[…] on arrivait au terme, aux dernières notes du mixage, vraiment à la toute fin, lorsque je reçois un coup de téléphone […]

Le mot de l’artiste : David Haroutunian

« Cet album était un projet très cher que je mûrissais depuis longtemps. On a travaillé des jours et des nuits dessus… on arrivait au terme, aux dernières notes du mixage, vraiment à la toute fin, lorsque je reçois un coup de téléphone, c’était ma femme sentant ses premières contractions : mon fils allait naître ! La synchronicité de la vie est parfois extraordinaire… »

 

https://nomadmusic.fr/fr/label/toumanian-mek

 

 




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