L'Orchestre National du Capitole de Toulouse et son chef Tugan Sokhiev © Vincent Leroux
L'Orchestre National du Capitole de Toulouse et son chef Tugan Sokhiev © Vincent Leroux
Chronique

Éclatant Chostakovitch à la Philharmonie, avec Tugan Sokhiev

par Julien Bordas | le 9 mars 2018

Le 6 mars, pour son premier concert de la saison à Paris, l’Orchestre National du Capitole de Toulouse a fait un passage remarqué à la Philharmonie de Paris dans un programme Glazounov et Chostakovitch, sous la direction du chef ossète Tugan Sokhiev.

L’excitation est palpable à quelques minutes de l’entrée en scène de l’orchestre, tandis que la Philharmonie finit de se remplir peu à peu. La première pièce du programme, le Concerto pour violon et orchestre en la mineur op. 82 de Alexandre Glazounov, laisse une place de choix au violon de Vadim Repin, présent à tous les instants dans cette partition. Les 3 mouvements Moderato – Andante – Tempo I, d’un lyrisme confondant, s’enchaînent sans césures entre chaque partie. Malgré un petit problème de justesse dans les 2ème et 3ème mouvement, le soliste tirera son épingle du jeu dans la redoutable cadence. L’Allegro final, quant à lui, laisse exalter une incroyable brillance de l’orchestre. Le thème est repris de pupitre en pupitre, tandis que Tugan Sokhiev ne peut s’empêcher de vivre le rythme sur son estrade, parfois calmant les ardeurs dans les pianissimos, et s’adressant à chaque musicien avec une attention particulière. Sa direction lui vaudra au passage une véritable acclamation du public, à peine les artistes ayant levé l’archer.
En bis les vagues lyriques du Grand Adagio du 2ème tableau de Raimonda finissent de nous emporter, inexorablement.

Tout autre climat avec la Symphonie n°12 en ré mineur op.112 “L’année 1917” de Dmitri Chostakovitch, commande pour le XXIIème congrès du Parti Communiste. Une oeuvre trop démonstrative peut-être ? Oui, sûrement, si l’on se fie à ses accents grandiloquents mais c’est sans compter sur l’intelligence musicale du chef russe, sa capacité à faire vivre une musique si contrastée.
Là aussi les quatre mouvements s’enchaînent “Attacca”, sans interruption. “Petrograd révolutionnaire”, débutant avec un thème austère joué dans les graves des cordes, en impose ensuite par son allure et sa puissance colossale dans les tuttis. On remarquera de jolis instants où le basson puis le hautbois sont accompagnés par des notes martelées aux cordes, contribuant à une ambiance mystérieuse où la tension reste permanente.

On retrouve de nouveau dans l’adagio intitulé « Razliv » les mêmes thèmes, mais cette fois-ci traités de manière lancinante. “Aurora” sera la dernière ligne droite avant l’ultime final “Aube de l’Humanité”. Le déploiement de moyens instrumentaux ( renfort de cuivres, vents et percussions) contribue à la majesté de cette symphonie qui semble ne jamais vouloir conclure, comme s’il fallait asseoir la suprématie du régime. Une oeuvre en trompe-l’oeil finalement, pour ceux qui pourraient croire à un Chostakovitch totalement acquis à la cause du Parti Communiste…

Tugan Sokhiev est un alchimiste des sons, mimant par exemple avec ferveur les gestes à effectuer pour les violons, et vivant cette musique au plus près de ses musiciens grâce à une connaissance aiguisée de cette musique russe.

Le public en redemande, ce sera Nimrod (extrait de Enigma Variations) d’Elgar et Trepak (extrait de Casse-Noisette) de Tchaikovski en bis.




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