© Matthias Goerne/ DR
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Chronique

Un oratorio dansant, tout en retenue

par Cinzia Rota | le 23 décembre 2014

Pour nous, Parisiens de l’est, se rendre à un concert en tram, en un quart d’heure, est un vrai luxe.
Certes, le charme du quartier de la Villette est loin de celui de l’avenue des Ternes, de l’Arc-de-Triomphe ou de l’avenue Montaigne, en particulier quand les rues sont illuminées pour les fêtes de fin d’année, mais à partir de janvier les choses vont changer…

La Philharmonie est devant moi, silencieuse, avec sa couverture blanche presque terminée. En regardant bien, elle ne dort pas, j’aperçois quelques lumières allumées et des ouvriers… qui doivent travailler jour et nuit, vu que l’inauguration est dans moins d’un mois.

J’arrive donc à la Cité de la Musique, dans la salle qui s’appellera bientôt Philharmonie 2. J’ai décidé d’aller écouter l’Oratorio de Noël de Bach, non seulement pour sa distribution très alléchante, avec les contre-ténors Valer Sabadus et Terry Wey, le ténor Werner Güra et le baryton Matthias Goerne, mais aussi pour participer au rendez-vous de deux jours avec la Nativité qui, dans ces jours de course aux cadeaux, nous reconduit à l’essence de cette fête de Noël — que l’on soit croyant ou non, elle reste un moment important de l’année, qui permet de se retrouver avec ceux que l’on aime.

Si le choix de répartir l’Oratorio en deux soirées peut surprendre, il faut savoir qu’à l’époque de Bach, les six Cantates qui le composent n’étaient jamais jouées en une seule fois. Quand le Cantor de Leipzig composa le Weihnachtsoratorium, il avait en tête les Abendmusiken de Lübeck, rendus célèbres par Dietrich Buxtehude. Ces concerts en plusieurs parties lui auraient donc inspiré une œuvre destinée à être jouée entre le premier jour des fêtes de Noël et l’Epiphanie, tout en cohérence avec la narration, qui va de la naissance du Christ à l’adoration des Mages.

Pour cette œuvre, dont les six parties sont reliées par le joyeux thème de la naissance du Sauveur, Bach n’hésite pas à réadapter des cantates antérieures (les BWV 213, BWV 214 et BWV 215), dans la tradition de ses contemporains.

Les voix solistes n’étaient assurées que par des hommes : Valer Sabadus, dont la voix angélique dans les aigus était parfois peu audible dans le médium ; Terry Wey, au timbre suave et homogène et Werner Güra — remarquable dans son interprétation des Spanische Liebeslieder de Schumann parue en 2010 — en excellent évangéliste, impliqué et intelligible. Un autre grand Schumannien était présent : Matthias Goerne, récemment à Pleyel pour les lieder, nous a offert une interprétation très engagée et un grand effort communicatif. Nous saluerons son touchant duo avec Sabadus, sublimé par le contraste de leurs voix.

A la tête (et au violon !) du Kammerorchester Basel, Julia Schröder a choisi des tempi rapides et dansants pour les parties les plus festives, bien mieux réussies que les moments intérieurs, trop sobres et mesurés pour être vraiment touchants. Le Deutscher Kammerchor a fait preuve d’une grande qualité vocale, surtout dans les pupitres masculins, mais son effectif restreint était parfois couvert par l’orchestre.

A noter, quelques beaux solos de flûte et d’hautbois d’amour, et l’utilisation des deux oboe da caccia, dont on a rarement l’occasion d’entendre le timbre doux et velouté.

Un oratorio solennel, mais un peu trop sobre et retenu pour faire passer l’émotion de la Nativité.

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