© David Santini
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Chronique

Vibrant hommage à Maurice Maréchal par le duo Alain Meunier et Anne Le Bozec

par Cécile Colline-Duchamp | le 29 janvier 2015

Maurice Maréchal (1892-1964) était un des grands représentants de l’école française du violoncelle à une époque, peut-être révolue?, où semblaient encore très vives les différences dans les spécificités du son et de l’interprétation propres à chaque pays. Le concert du 23 janvier rendait hommage à ce musicien hors pair, dans le cadre de l’exposition et du cycle musical « Vu du Front. Représenter la Grande Guerre » à l’Hôtel des Invalides. En effet, le jeune Maréchal a été mobilisé, à l’âge de 22 ans, au 274e régiment d’infanterie. Dans le camp, deux camarades menuisiers lui confectionnent un violoncelle de fortune dans le bois d’une caisse à munitions. L’instrument, baptisé « Le Poilu », a été joué en musique de chambre par le violoncelliste avec d’autres camarades musiciens dont il avait fait connaissance sur le front: le violoniste Lucien Durosoir, le pianiste Henri Magne et le compositeur André Caplet à l’alto.

Le programme de la soirée était composé de pièces liées au maître : L’Élégie de Fauré, qui lui était si chère ; la Sonate de Brahms qu’il appréciait particulièrement ; celle de Fauré, terminée en 1917 au lendemain de la Guerre et enfin, celle de Debussy, écrite, celle-ci, en pleine Guerre et apportée au front par André Caplet, que Maurice Maréchal déchiffra et exécuta, probablement sur « Le Poilu » ! Il l’interpréta devant le compositeur à deux reprises lors de permissions parisiennes. Et que dire de plus si c’est Alain Meunier qui nous offre le récital ? Il s’agit d’un véritable héritier de Maurice Maréchal, car dès l’âge de 11 ans, il a suivi l’enseignement de celui-ci, qui fût son seul professeur de violoncelle. Alain Meunier a vu chez Maréchal « un bien étrange instrument que sa science toute neuve de la chose musicale n’invitait évidemment pas à nommer d’emblée un violoncelle* ».

Tout au long de la soirée, Alain Meunier est entré dans la musique avec une concentration rare, en excellente compagnie avec Anne Le Bozec. Le son profondément vibrant des cordes se conjugue à merveille avec celui, clair, du piano, et rend chaque partie du discours limpide. Le tempo relativement retenu dans les deux derniers mouvements de Brahms n’empêche aucunement de transmettre la passion des deux interprêtes pour cette musique passionnée. Chez Fauré, c’est avant tout la fluidité qui prime, avec beaucoup d’élégance et raffinement, mais non dépourvu d’ardeur frénétique à la fin du premier mouvement. Pour Debussy, les deux instruments fusionnent avec magie, à tel point qu’on ne distingue plus de différence de sonorité entre le violoncelle et le piano dans les staccatos du début de la « Sérénade ». Avant chaque entrées du thème (notées au Mouvement sur la partition) ils prennent beaucoup de temps sur les molto rit., donnant ainsi une magnifique ampleur qui offre un contraste saisissant avec à la fois la partie hispanisante du Rubato et celle du Presque lent.

En grand experte de la musique de chambre, Anne Le Bozec réussit à apporter un certain équilibre dans la résonance du piano Fazzioli, connu pour son toucher plutôt direct et immédiat ; à aucun moment le son du piano ne couvre celui du violoncelle, même dans les moments les plus emportés, ce qui est beaucoup plus difficile à réaliser qu’on ne l’imagine.

En bis, les deux musiciens ont interprété le Madrigal d’Enrique Granados, composé en 1915, un an avant que celui-ci ne soit tué en mer par la torpille d’un sous-marin allemand qui a fait couler le navire qui devait l’emmener de Londres à Barcelone.

 

hommage M Maréchal

Alain Meunier et Anne Le Bozec ont récemment publié le disque « Hommage à Maurice Maréchal », troisième volume de la série « Les musiciens et la Grande Guerre » éditée chez Hortus en 2014 (Hortus 703). Nous pouvons y retrouver l’Élégie de Fauré ainsi que les Sonates de Brahms, de Debussy et d’Honegger.

 

* Livret du disque « Hommage à Maurice Maréchal », Hortus, 2014.

 


 

Grand Salon de l’Hôtel des Invalides, le 23 janvier 2015
Alain Meunier, violoncelle ; Anne Le Bozec, piano.

Programme :
Gabriel Fauré (1845-1924) : Élégie, op. 24.
Johannes Brahms (1833-1897) : Sonate pour violoncelle et piano n° 1 en mi mineur, op. 38.
Gabriel Fauré : Sonate n° 1 pour violoncelle et piano en ré mineur, op. 109.
Claude Debussy (1862-1918) : Sonate n° 1 pour violoncelle et piano en ré mineur.

 

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