La Walkyrie
Die Walküre - De Nationale Opera © Ruth Walz
Chronique

Les adieux à la mythique Walkyrie de Pierre Audi

par Cinzia Rota | le 21 novembre 2019

En 1998, Pierre Audi met en scène la tétralogie de Wagner à l’opéra national des Pays-Bas. La Walkyrie est actuellement reprise pour la dernière fois à Amsterdam avec Michael König, Stephen Milling, Iain Paterson, Eva-Maria Westbroek et Martina Serafin.

 

Un cercle en bois de 58m s’impose dans la salle de l’opéra d’Amsterdam, chassant les premiers rangs.
Une partie découpée sur la droite laisse la place à l’orchestre, qui se retrouve ainsi sur scène, à l’inverse des souhaits de Wagner, qui à Bayreuth le cache entièrement.
Si les spectateurs des premiers rangs auront le privilège d’avoir les chanteurs à quelques centimètres d’eux, d’autres regarderont la représentation du haut des sièges aventure, placés en suspension sur la scène.
Même avant que la première note soit jouée, la soirée s’annonce fort intéressante.

La Walkyrie

Die Walküre – De Nationale Opera © Ruth Walz

Minimalisme hors du temps

Les décors atmosphériques de George Tsypin sont très épurés, sur le tronçon de bois à la surface inclinée de 25°, se trouvent uniquement de grosses poutres et la silhouette d’une cabane. Plus de 20 ans après sa première, cette mise en scène légendaire semble ne pas avoir vieilli, grâce à son minimalisme et son atemporalité, que l’on retrouve tout particulièrement dans les costumes, imaginés par l’artiste Eiko Ishioka.

Die Walküre – De Nationale Opera © Ruth Walz

Ils renvoient à la fois à la tradition japonaise, avec la longue armure en cuir de Hunding, la tunique en lin de Wotan qui s’ouvre sur la broderie de l’arbre de la connaissance, ou encore le kimono blanc de Fricka orné de feuilles de frêne, et à la mythologie nordique, avec l’armure de Wotan et les costumes déchirés des jumeaux Wälsung. L’artiste japonaise, décédée en 2012, s’était également tournée vers la contemporanéité, entre références au Troisième Reich, avec les ailes d’aigle des Walkyries, et aux couturiers japonais, avec leur robes aux formes géométriques.

La Walkyrie

Die Walküre – De Nationale Opera © Ruth Walz

La Walkyrie : amour vs pouvoir

Le prélude commence. Du parterre nous suivons attentivement les ondulations sinistres et menaçantes des violoncelles et contrebasses de l’orchestre de l’Opéra national, dirigé par Marc Albrecht, et jouissons du privilège d’assister à un opéra à la fois concertant et mis en scène.

Avec des tempi plus larges que ceux de Hartmut Haenchen, son prédécesseur dans cette production historique, enregistrée sur plusieurs CD et DVD, Albrecht et son orchestre nous conduisent du monde des humains au Valhalla et dévoilent les drames et les faiblesses de personnages qui les habitent.

Die Walküre – De Nationale Opera © Ruth Walz

Le protagoniste de cette première journée de l’Anneau est Wotan, qui pense pouvoir échapper à ses propres lois, mais est finalement obligé de s’y soumettre afin de conserver son pouvoir. Iain Paterson, que l’on avait vu à Bayreuth dans le Rheingold du Ring aux multiples Wotan de Castorf, nous offre un Odin égoïste et violent, qui n’hésite pas à dire adieu à ceux qui lui sont les plus chers, ses enfants Siegmund et Brunnhilde.

Die Walküre – De Nationale Opera © Ruth Walz

Si Michael König est un Siegmund touchant et lyrique; Martina Serafin, qui était Isolde à Paris l’année dernière, est une Brünnhilde charismatique et fascinante dont on remarque le duo sincère et profond avec son père.

Deux mariages malheureux sont aussi au centre de l’opéra, celui de Wotan et Fricka, interprétée par une convaincante Okka von der Demerau, marchant avec des cannes ornées de béliers, symboles du mariage, et celui de Hunding, un Stephen Milling imposant dont le regard suffit à terrifier, et Sieglinde, femme sous emprise et asservie.

Die Walküre – De Nationale Opera © Ruth Walz

Portée a l’attention internationale dans le Ring de Robert Lepage, aux côtés de Jonas Kaufmann, la néerlandaise Eva-Maria Westbroek nous offre une Sieglinde vulnérable et puissante.

Seule, au bord de la scène, à quelques centimètres des spectateurs du premier rang, elle nous fait part du chagrin qui pèse sur sa maison où le malheur ne peut pas entrer car il y habite déjà. Les larmes aux yeux, la voix au timbre moelleux parfaitement contrôlée, elle nous épate par ses talents de chanteuse et comédienne.

Si la direction d’acteurs aurait pu être moins statique et forcée, la soirée reste très satisfaisante entre une performance de haut niveau, une scénographie intelligente et des effets spéciaux fascinants qui n’ont rien à envier aux productions plus récentes.




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