William Christie dans ses jardins
William Christie dans ses jardins © Jay Qin
Interview

Musique et jardins, les deux passions de William Christie

par Cinzia Rota | le 31 août 2016

En 1985, William Christie, un des pionniers de la redécouverte de la musique baroque, achète une propriété dans le village de Thiré, dans le canton de Sainte-Hermine en Vendée, où il entreprend la rénovation d’un bâtiment daté de la fin du XVIe siècle et la création d’un jardin.
En 2004, le jardin reçoit le label de « Jardin remarquable », en 2006 il est inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques et depuis cinq ans il accueille un festival.
Nous avons donc rencontré William Christie pour discuter avec lui de cette initiative enthousiasmante.

 

Vous avez d’une part revitalisé la musique baroque, et redonné vie à une maison et des jardins, ces deux démarches peuvent-elles être mises en parallèle ?

Effectivement, l’idée de sauver quelque chose n’est pas étrangère à ma façon de voir la vie. Pour des raison diverses et variées je suis tombé amoureux d’une époque musicale qui à ce moment-là ne correspondait pas avec la musique qu’on jouait. Elle n’avait pas beaucoup de défenseurs et peu de musiciens la pratiquaient.

Restaurer la maison et créer un jardin ont effectivement un parallèle avec la musique, car il s’agit de nourrir deux passions. J’aime énormément les jardins et grâce à mes connaissances en jardins et en architecture, j’ai pu intégrer cela dans une philosophie et dans un travail musical.
Le public peut aujourd’hui voir le résultat et profiter de ce jardin, conçu pour la musique.

William Christie dans ses jardins

William Christie dans ses jardins © Jay Qin

Est-ce qu’il y a une complémentarité entre les œuvres que vous choisissez et les jardins dans lesquels elles sont interprétées ?

Le jardin peut accueillir toute ou une bonne partie de la musique du XVIe et XVIIe siècles, sauf les grandes œuvres comme les oratorios, qui sont moins adaptées aux lieux.

Nous privilégions un répertoire intimiste, conçu pour des petits espaces, afin de favoriser la proximité entre les instrumentistes, les chanteurs et le public

Nous privilégions un répertoire intimiste, conçu pour des petits espaces, afin de favoriser la proximité entre les instrumentistes, les chanteurs et le public.

L’estrade flottante sur le miroir d’eau nous donne la possibilité de jouer d’autres œuvres, comme des opéras ou des comédies-ballets, mais nous avons également la chance d’avoir à disposition une petite église pour faire de la musique sacrée.
Nous mettons ainsi chaque répertoire dans le contexte qui lui est plus propre.

Méditation à l'aube de la nuit au festival "Dans les jardins de William Christie"

Méditation à l’aube de la nuit au festival « Dans les jardins de William Christie » © Jay Qin

C’est dans la charmante église de Thiré qu’ont lieu les méditations du soir…

Les Méditations à l’aube de la nuit, qui ont lieu à la fin de chaque journée du festival, se veulent comme un moment de réflexion et de recueillement, après une journée remplie de musique. C’est un moment musical serein et paisible, qui se termine dans le silence, sans applaudissements.

Comme pour moi la musique et les jardins sont indissociables et sur le même plan, j’ai décidé de faire un geste similaire à ce qu’on fait avec la musique : tendre la main à la jeunesse

 

Depuis 2015, vous avez mis en place un concours pour la création du jardin éphémère…

C’est un concours ouvert à de jeunes paysagistes âgés de moins de 30 ans, pour la création d’un jardin éphémère sur le thème de l’Arcadie dans lequel aura ensuite lieu une des promenades musicales du festival. Cette année c’est l’atelier GAMA qui l’a remporté.

Comme pour moi la musique et les jardins sont indissociables et sur le même plan, j’ai décidé de faire un geste similaire à ce qu’on fait avec la musique : tendre la main à la jeunesse.

William Christie et les musiciens dans Monsieur de Pourceaugnac

Monsieur de Pourceaugnac au festival « Dans les jardins de William Christie » © Julien Gazeau

Quel est votre vision du festival à long terme ?

Le plus important pour moi est que ça dure !
Nous en sommes à la cinquième édition et les soucis sont multiples : il faut sauvegarder la proximité et l’intimité que le public et les musiciens aiment tant et le contact extraordinaire qui se crée entre eux.

On pourrait très bien accueillir plus de personnes, mais je ne souhaite pas le faire car il est important pour moi de préserver le caractère rare et privilégié de ce festival dans l’avenir.
Nous avons maintenant défini une esthétique et une philosophie que je souhaite garder : comme les tarifs abordables des concerts et la valorisation des jeunes talents.

Je vois aussi la Fondation s’ouvrir à d’autres activités, comme par exemple la création d’un lieu de résidence pour la recherche et le perfectionnement. Je songe également à l’organisation d’un autre festival, qui aurait lieu au printemps, avec des concerts dans les petites églises aux alentours. L’avenir est très riche en idées !

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