© Clara Pons
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Interview
Hors-série

Wunderhorn : entretien avec Clara Pons, réalisatrice

par Anne-Lise Dupuis | le 3 septembre 2014

Dans les coulisses du Doelen : interview de la réalisatrice Clara Pons sur son nouveau projet avec le baryton Dietrich Henschel autour du Wunderhorn de Gustav Mahler.

C’est au Doelen (la salle philharmonique de Rotterdam – principal producteur du projet) que le baryton Dietrich Henschel accompagné de la réalisatrice Clara Pons et du pianiste Fritz Schwinghammer s’est posé cet été, le temps de deux journées marathon consacrées à la répétition de leur nouveau projet « Wunderhorn »: l’intégrale des 24 Lieder du Cor merveilleux de l’Enfant de Gustav Mahler dans une approche originale qui intègre au concert la projection d’un film réalisé par Clara Pons.

La Première du Wunderhorn dans sa version pour orchestre se tiendra à Flagey avec l’Orchestre de La Monnaie (Bruxelles) le 13 mars 2015 et sera suivie de cinq dates pour cette première saison dont deux en France : Amiens le 9 avril 2015 et Compiègne le 11 avril 2015.

Nous avons pu assister à leur seconde journée de répétition au Doelen clôturée par un concert de présentation incluant la projection de la première partie du film: l’occasion de rencontrer Dietrich Henschel et Clara Pons qui ont accepté de répondre à nos questions.
 
Clara Pons, j’ai lu que vous aviez fait des études de philosophie et de piano. Comment êtes vous arrivée à la video ?

Il y a dans la musique quelque chose de très pictural que je voulais expérimenter. J’ai été marquée par Le Château de Barbe Bleue (Bartok) en 2006-07 à Paris et j’ai vu dans l’image la possibilité de décupler toutes les formes : sens du texte et expression musicale.

J’ai fait la connaissance de Dietrich Henschel en 2008 à la Monnaie et nous avons envisagé une première collaboration [SchwanengesangLe Chant du Cygne de Franz Schubert]. Mon idée était d’arriver à voir un spectacle sans fermer les yeux, de créer une forme qui n’empêche pas l’audition mais qui l’ouvre.  L’approche visuelle donne quelques points de support mais elle laisse flotter l’esprit.

Dans l’œuvre de Mahler tous les aspects profonds, ironiques, liées à la sexualité sont très présents, ils correspondent à la Vienne du début XXème et peuvent passer inaperçus.


Comment l’histoire est-elle née ?

J’ai lu le livre November 1918- Eine deutsche Revolution  d’Alfred Döblin qui décrit la fin de la première guerre mondiale et la révolution allemande. A partir de ce partage littéraire avec Dietrich Henschel nous avons décidé de faire quelque chose sur la guerre (c’était en 2011). Parallèlement à cela Dietrich Henschel a enregistré les Wunderhorn Lieder au Doelen en 2012. C’est devenu une évidence qu’il fallait faire ce projet. Au début nous avons eu plusieurs phases d’imagination où tout était possible mais très artificiel. Comment garder la magie de l’œuvre sans devenir caricatural ? Cela a été tout le travail de tournage.


Comment avez-vous tourné le Wunderhorn : Lied par Lied ou avez-vous d’abord trouvé votre fil conducteur ?

Les bandes annonces video ont leur propre narration, Lied par Lied, elles peuvent se lire de manière individuelle. Mais l’idée du projet était de faire une fresque : le chant a sa propre vie et ensuite il est inséré dans un tout. Le film du Wunderhorn est plus narratif que les précédents, il donne une première orientation.

 

En dehors de Dietrich Henschel les acteurs du film étaient ils dirigés exclusivement à partir de votre scenario ou ont-ils été également sensibilisés à la musique?

Exclusivement par le scenario, autrement cela n’aurait pas fonctionné. La musique a son propre rythme qui est fascinant et si nous avions travaillé avec un enregistrement cela aurait trop influencé les acteurs.  D’ailleurs le musicien ne ressent pas vraiment les émotions, il les transporte, autrement il risquerait de se laisser aller à l’émotivité.

Le plus difficile a été ensuite de fixer le timing entre le film et la musique en live, d’où la nécessité des répétitions pour pouvoir rattraper ou au contraire « donner de la corde ».

 

Quelles ont été les réactions du public sur vos précédents projets de concert avec film ?

C’est une question de génération. Les gens de ma génération sont habitués à vivre avec un écran, cela ne nous gêne pas pour percevoir la réalité. Les générations précédentes ont plus de mal à assimiler les informations. Le public traditionnel était contre au début et a ensuite très bien réagi. L’élément visuel est dominant dans notre civilisation, on ne peut pas être contre. Le spectateur est emmené malgré lui.

 


Représentations en France

9 avril 2015
Maison de la culture d’Amiens
avec l’Orchestre de Picardie dirigée par Arie van Beek

11 avril 2015
Théâtre imperial de Compiègne
avec l’Orchestre de Picardie dirigée par Arie van Beek

 


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