ZIEL | ROUH • ICK Amsterdam
ZIEL | ROUH • ICK Amsterdam © Alwin Poiana
Chronique

ZIEL | ROUH d’ICK : d’Amsterdam à Marseille

par Margot Van Haelst | le 5 décembre 2018

Ce 22 novembre dernier, c’est au CC Amstel Theater d’Amsterdam « Het nieuwe podiumland van Amsterdam » que nous nous retrouvions, un lieu de rencontre pluridisciplinaire en bordure de l’Amstel.  La très célèbre structure internationale et Amstellodamoise ICK (Internationaal Choreografisch Kunstencentrum), plateforme chorégraphique interdisciplinaire pour talents émergeants et confirmés dirigée par Emio Greco et Pieter C. Scholten, présentait sa dernière création ZIEL ROUH.  Les deux hommes sont aussi les directeurs artistiques du Ballet National de Marseille (BNM) depuis 2014, et créent ainsi des passerelles artistiques entre Marseille et Amsterdam. 

 

 

Triptyque 

Si la relation entre ICK et le Ballet National de Marseille est maintenant plus qu’affirmée, elle continue de s’étoffer, avec pour cette pièce, une collaboration avec l’Orchestre Andalou d’Amsterdam. ZIEL ROUH explore en effet une relation tridimensionnelle entre danse, musique et chant. En plus de cette composition pluridisciplinaire triangulaire, c’est également dans la construction même de cette pièce que l’on retrouve cette structure : ZIEL ROUH est une collaboration artistique entre ICK, Nacera Belaza et Vincent Colomes. Tous trois chorégraphes, Nacera Belaza explore les formes traditionnelles de la danse algérienne ainsi que les rituels sacrés, Vincent Colomes, lui, mêle contemporain et flamenco. Quant au titre, « Ziel » en néerlandais et « Rouh » en arabe, signifient tous deux « âme ». Ce titre est des plus juste. Le langage spirituel des différents médiums qui se nourrissent les uns les autres porte le souffle du « rituel ». Est-ce la voix qui porte les corps ou les corps qui portent la voix ? Un trio chorégraphique incarné, accompli, et transcendant. 

 

ZIEL | ROUH • ICK Amsterdam © Alwin Poiana

ZIEL | ROUH • ICK Amsterdam © Alwin Poiana

 

Dialogue pluridisciplinaire des cultures

L’immédiateté et l’émanation dans laquelle nous nous retrouvons dès les premières secondes incarnent toute la composition. Une scène circulaire formée par les musiciens, et au centre, les danseurs. Évocation du rituel. Éveillée par la douce vibration d’une cymbale, la voix enivrante de la chanteuse Karima El Fillali s’appose sur les corps des danseurs. Les interactions entre les musiciens de l’Orchestre Andalou d’Amsterdam, la chanteuse, et les danseurs d’ICK traduisent le rythme de la musique originaire d’Al-Andalus. Une simplicité qui appelle à la plus grande des présences, et au plus lointain des voyages. Le spectateur se laissera porter par la douceur de cette image sur toute la durée de la représentation. Il n’y a qu’un seul tableau mais l’on glisse agréablement dans cette ivresse, tant l’harmonie et l’ensemble regorgent de richesses : du tarab (classique) au sufi andalou (mystique et spirituel) en passant par le chaâbi (folklorique et populaire). La scène est noire, mais un rayon de lumière contraste et sublime les danseurs. Cela nous transporte vers la chaleur, la terre, la réverbération, l’ailleurs. (Notons les lumières de Henk Danner et Maarten Heijdra).

 

ZIEL | ROUH • CK Amsterdam © Alwin Poiana

ZIEL | ROUH • ICK Amsterdam © Alwin Poiana

 

L’état de corps « Greco-Scholten »

Depuis 2014, Emio Greco et Pieter C. Scholten développent avec le BNM un projet autour de la thématique du corps, sous l’angle du «corps en révolte». Cette recherche autour d’un état physique, d’une attitude manifeste, d’une expressivité est l’identité même de la danse « Greco-Scholten ». L’excellent quatuor de danseurs (Arad Inbar, Edward Lloyd, Helena Volkov, Segrid Verwoert et Sophia Dinkel) révèle avec brio ce sentiment de grâce et de plénitude pour nous spectateurs, qui oublions la notion du temps pendant la représentation. Nous ressentons ces vibrations, l’ondulation des corps, la symbiose avec la musique dans notre propre corps. La danse est circulaire, incessante, harmonieuse, libre. On reconnait un vocabulaire classique accentué par les demi-pointes. Les couleurs des costumes (de Clifford Portier) sont d’un camaïeu savamment réalisé : les robes ouvertes dans le dos rendent les cambrés des plus sensuels. La fin de la représentation est couronnée de notes de Flamenco contemporain et revisité.

Une maîtrise totale de chaque discipline artistique en résonance, créant un tissage virtuose. ICK / Emio Greco – Pieter C. Scholten associés au BNM est une des plus remarquables compagnies de notre temps. 

 

 

 




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